Un endettement net des ménages américains au plus bas depuis 1991

Par Julien-Pierre Nouen, Head of Economic Research & Multi-Assets Investment, Lazard Frères Gestion

Les données du « Flow of Funds » publié chaque trimestre par la Réserve Fédérale permettent d’en savoir plus sur les finances des différents agents économiques, et notamment sur la richesse nette des ménages. Celles du troisième trimestre confirment l’impact paradoxal de la crise du Covid-19 qui est d’avoir considérablement amélioré la situation des ménages américains.
Julien pierre nouen
Julien-Pierre Nouen

L’ampleur des mesures de soutien mises en place par le gouvernement, transferts directs d’argent aux ménages, bonification très généreuse des indemnisations chômage, a permis de faire plus que compenser les pertes de revenus d’activité. En avril, le revenu disponible des ménages était 17% au-dessus du niveau de l’année précédente et en octobre, il était encore en hausse de 6% sur un an.

Par ailleurs, les ménages ont fortement réduit leur consommation de services du fait des mesures de confinement. En octobre, la consommation n’avait pas encore retrouvé son niveau d’avant-crise, malgré le fort rebond de catégories comme les achats de biens durables. Dans ce contexte, les ménages ont accumulé une épargne très importante.

Usa 2021

Notre analyse

Si l’on regarde les flux nets, les dépôts des ménages ont augmenté de 1527 Mds USD sur les deux derniers trimestres, soit à peu près autant que l’épargne financière nette des ménages sur la période.

Pendant ce temps, l’endettement total des ménages a augmenté de seulement 307 Mds USD. Si l’on calcule un endettement net en retranchant de cet endettement les placements les moins risqués des ménages, les dépôts, cet endettement net a donc diminué du montant colossal de 1220 Mds USD, soit l’équivalent d’un mois entier de consommation ! En dollars courants, la dette nette est ainsi au plus bas depuis 1993. Rapportée au revenu disponible, elle est au plus bas depuis 1991.

Evidemment, la question de la répartition de cette dette entre les ménages selon leur niveau de revenu peut modérer la bonne nouvelle. Si l’essentiel de l’amélioration devait déjà concerner les ménages les plus aisés, l’impact sur la consommation en serait moindre.

Pour répondre à cette question, la Fed a commencé à publier des données de patrimoine des ménages par niveau de revenu. Les dernières données disponibles portent sur le niveau à fin juin, mais selon celles-ci, l’amélioration des patrimoines a été plus importante pour les revenus les plus faibles. Ceux-ci ont probablement davantage bénéficié des transferts publics.

Cette forte baisse de l’endettement net des ménages américains constitue donc un facteur très positif pour la reprise de l’activité lorsque les États-Unis sortiront du régime de confinement, d’autant que de nouvelles mesures budgétaires de soutien et de relance s’annoncent.