Quatre raisons pour lesquelles le vent ne souffle pas en faveur des actions américaines

Selon Sean Markowicz, Stratège, Recherche et Analyse chez Schroders , les actions non américaines ont sous-performé ces dix dernières années, mais nous avons peut-être atteint un tournant dans ce cycle.

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Sean Markowicz
Alors que les actions américaines ont progressé de 21,4 % en 2020, surpassant le reste du monde pour la troisième année consécutive, de nombreux investisseurs se montrent réticents à diversifier leurs portefeuilles à l’échelle mondiale. Sean Markowicz commente : « Nous avons peut-être atteint un tournant dans ce cycle. Depuis novembre 2020, les actions non américaines surperforment de 5,2 %, le déploiement des vaccins contre la Covid-19 soutenant les perspectives d'une reprise économique mondiale. »

Quatre raisons suggèrent que la fin de l’« exceptionnalisme » boursier américain est proche.

1. Les opportunités cycliques se situent en dehors des États-Unis Au cours de la pandémie, les investisseurs ont cherché refuge auprès des valeurs de croissance défensives, qui constituent un large segment de la capitalisation boursière totale du marché américain. Les valorisations de ces sociétés se sont envolées avec le confinement et l'augmentation de la demande en services numériques. Toutefois, si l'on pense qu'un rebond économique est imminent, il est logique de commencer à investir en dehors des États-Unis. En effet, les actions non américaines sont beaucoup plus exposées aux secteurs cycliques comme l’énergie, l'industrie et les matériaux, qui ont tendance à bien se comporter dans un contexte de reprise.

2. Les valorisations américaines sont à leur plus haut

L'une des conséquences de la surperformance des États-Unis est que les valorisations sont désormais tendues à des niveaux historiquement annonciateurs de performances faibles par rapport au reste du monde. Soyons clairs, les valorisations des actions sont élevées dans le monde entier. Cela ne signifie pas qu'un krach boursier mondial est imminent, mais les performances futures à long terme pourraient être inférieures. Or même dans ce cas, les valorisations relatives suggèrent que les actions non américaines devraient enregistrer des performances supérieures à celles de leurs homologues américaines.

3. Le président Biden pourrait être favorable aux marchés émergents

Les actions des marchés émergents ont souffert des tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine sous le mandat de l'ancien président américain Donald Trump. Mais sous la gouvernance de Joe Biden, les analystes s’attendent à des relations économiques plus apaisées et au rétablissement des ententes avec les pays alliés des États-Unis. Cette amélioration des relations internationales et son effet positif sur le commerce mondial devraient soutenir les marchés émergents dépendant des exportations. Les taux d'imposition sur les sociétés devraient également augmenter sous Biden, ce qui pourrait considérablement peser sur les bénéfices des entreprises américaines.

Dans ce contexte, les investisseurs ont commencé à privilégier les marchés étrangers. Par exemple, les actions des marchés émergents ont désormais dépassé leurs homologues américaines en termes de performance cumulée depuis janvier 2020, comme indiqué ci-dessous.

4. La concentration du marché technologique pourrait peser sur les performances futures des États-Unis

Les grandes valeurs technologiques américaines connues sous le nom de « FAMAG » - Facebook , Amazon , Microsoft , Apple et Alphabet ( Alphabet ) - ont largement bénéficié des retombées économiques de la crise. Toutefois, leurs capitalisations boursières sont devenues si importantes qu'elles dominent essentiellement le marché. Depuis janvier 2020, l'indice MSCI USA a progressé de 23 %, mais ce chiffre retombe à 15 % si l'on exclut les FAMAG. Cette concentration au sein de l'indice risque de peser sur les performances du marché américain dans son ensemble si la confiance dans les géants du Web venait à se détériorer pour quelque raison que ce soit. La réglementation est l’une des causes possibles. Bien que cette hypothèse paraisse peu probable à court terme, les nouvelles réglementations pourraient ralentir l'expansion future des FAMAG via les fusions-acquisitions, qui constituent un facteur clé de leur succès.

Le pire est probablement derrière nous

« Même si les États-Unis ont dominé la dernière décennie, les conditions semblent aujourd’hui de plus en plus propices à un renversement en faveur du reste du monde », déclare Sean Markowicz. Rien ne garantit que cela se produira. De nouvelles tensions liées à la Covid-19 pourraient saper toute reprise économique naissante et les investisseurs sont susceptibles de continuer à privilégier les États-Unis.

Mais la situation prendra nécessairement fin à un moment donné. Sean Markowicz explique : « L'exposition cyclique des États-Unis à une reprise mondiale est limitée, les valorisations relatives semblent tendues, la concentration du marché s'est accrue et les actions des marchés émergents ont entamé un rattrapage. Dans cette optique, les investisseurs pourraient être avisés de diversifier leur portefeuille d'actions en dehors des États-Unis au cours de la prochaine décennie. »