La phase d’expansion du cycle économique va-t-elle se poursuivre?

La question cruciale pour les investisseurs est de savoir si l’inflation restera sous contrôle en 2018, expliquent Keith Wade, économiste en chef, et Piya Sachdeva, économiste chezSchroders. L’interaction entre le chômage et l’inflation salariale s’est tellement affaiblie que la célèbre courbe de Phillips est aplatie. L’absence d’inflation salariale a joué un rôle considérable dans le rallye sur les marchés des actions, d’autant que les valorisations se situent toujours à un niveau élevé. L’inflation modérée laisse entrevoir la possibilité d’une prolongation de la tendance haussière du cycle économique mondial. De plus, il y a apparemment moins de pression sur les banques centrales pour les inciter à resserrer leur politique monétaire et à ralentir la croissance économique.

La croissance des salaires est un élément clé de l’inflation sous-jacente. Une accélération de la hausse des salaires est un signe que l’économie a atteint le plein emploi: face à la pénurie de main-d'œuvre, les travailleurs se retrouvent en effet en position de force pour négocier des salaires plus élevés, tandis que, de leur côté, les entreprises offrent des salaires plus élevés pour attirer des travailleurs.

La courbe de Phillips des principaux marchés développés - les États-Unis, le Japon et la zone euro - permet de savoir si l’inflation salariale va s’accélérer et quelles seront les implications pour le cycle économique mondial. D’après l’analyse de Schroders , la relation négative entre chômage et hausse des salaires ne semble pas présente au Japon. Pour les États-Unis, la courbe de Phillips s’est considérablement aplatie durant la période d'après-crise, si bien que la relation négative entre chômage et inflation salariale ne joue que de manière limitée. La courbe de Phillips pour la zone euro est singulièrement stable. Schroders pense que la relation traditionnelle liée à la courbe de Phillips existe toujours. De plus, la zone euro affiche une courbe plus raide que celle des États-Unis. Cela voudrait donc dire que pour une même diminution relative du chômage dans les deux économies, la zone euro connaîtra une hausse plus prononcée des salaires réels.

La crainte des investisseurs, c’est que les faibles taux de chômage n’entraînent à court terme une hausse sensible des salaires qui forcerait la FED à réagir de manière agressive. D’après l’analyse de Schroders , ce scénario est peu vraisemblable. Les courbes de Phillips aplaties donnent à penser que le cycle économique mondial va pouvoir se poursuivre sans nécessiter un resserrement de la politique monétaire pour garder l’inflation sous contrôle.

La zone euro semble cependant être l’exception à cette conclusion générale. En zone euro, la relation invesée entre chômage et inflation salariale qui découle de la courbe de Phillips est bel et bien applicable. La poursuite du redressement solide au sein de la zone euro va dès lors entraîner une hausse des salaires réels à mesure que le chômage continue à diminuer. Bien que cette évolution soit la bienvenue après une longue période de sobriété, elle va inquiéter les membres les plus hawkish de la BCE au point qu’ils demanderont l’arrêt de la politique monétaire ultra-accommodante. À situation inchangée, cela pourrait booster l’euro et mettre sous pression les marges bénéficiaires des entreprises actives dans l’Union européenne.