Les 10 ans du « bull market » américain, quel après ?

Par Ritu Vohora, Investment Director équipe actions, M&G Investments

Tout le monde se souvient de ce qu’il faisait ce fameux 9 mars 2009. Ce jour-là, en pleine crise des subprimes, l'indice S&P 500 qui regroupe les 500 plus grosses entreprises cotées aux États-Unis a atteint un plus bas de 677 points. Dix ans plus tard, il n’a pratiquement pas cessé de remonter et est tout près de dépasser l’importante barrière des 2 800 points.

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Ritu Vohora
Étant donné la méfiance de nombreux investisseurs à l'égard du marché et le positionnement défensif de ce dernier, il s'agit peut-être d'une victoire à la Pyrrhus. Alors que les banques centrales se lançaient dans un vaste programme de relance monétaire, entraînant une hausse des prix et une baisse des rendements obligataires, les investisseurs ont dû se tourner vers d'autres sources de revenus.

Les valeurs « bond proxy », c’est-à-dire des sociétés ayant des caractéristiques semblables à celles des obligations en offrant des rendements décents et une croissance solide et stable des dividendes, sont devenues les « must have » des portefeuilles. Les entreprises technologiques, saluées comme des pôles de croissance dans un environnement atone, grâce à l'essor du commerce électronique et de la publicité en ligne, se sont révélées tout aussi populaires. Investir dans le secteur de la technologie, dont les géants Facebook, Alphabet et Netflix, aurait ainsi rapporté 574 % sur une période de 10 ans [1].

Si l'on fait abstraction de certains secteurs, ceux qui ont profité d'évaluations extrêmement bon marché par rapport à la période auraient été récompensés de façon remarquable. Outre la technologie, le secteur des biens de consommation – qui inclut le géant Amazon-, a revendiqué le titre de meilleur acteur, générant un rendement de plus de 650 % [2].

En revanche, ce n’est pas le cas des secteurs qui comprenaient les valeurs de matériaux bruts, comme les entreprises chimiques ou les producteurs de ciment, ainsi que les sociétés de télécommunications. Le secteur de l'énergie a enregistré la pire performance en dix ans, avec un rendement de seulement 83 % [3].

Et maintenant ?

La question est de savoir si ce « bull market » va se prolonger ou si le ralentissement de la croissance mondiale annonce un ralentissement brutal, voire une récession.

Le tableau n’est pas si sombre. La croissance ralentit peut-être aux États-Unis, mais cela ne signifie pas qu'elle s’est totalement arrêtée. De plus, le récent volte-face de la Réserve fédérale américaine sur les taux d'intérêt, passant d’un resserrement monétaire agressif à la volonté d'être plus flexible, a donné aux investisseurs un répit bien mérité depuis les turbulences des derniers mois de 2018.

La nouvelle orientation de la Fed a pour effet de calmer le taux du dollar américain, ce qui constitue un contexte positif non seulement pour les actions américaines, mais aussi pour les actions des marchés émergents (où les dettes libellées en dollars bénéficient d'une devise américaine moins forte).

Si l’on revient au marché actions, il faut se concentrer sur les fondamentaux. Généralement, sont privilégiés, dans les derniers stades d'un « bull market » et d'un cycle économique mature, les entreprises de qualité avec des flux de trésorerie solides et des modèles économiques résilients. Microsoft en est un bon exemple, elle enregistre des revenus récurrents, car la société a su réorienter ses activités d'un simple fournisseur de logiciels vers un modèle basé sur l’abonnement. Avec un bilan et une trésorerie nette positive, ce sont là des entreprises qui résisteront à la vague de volatilité qui accompagne habituellement les derniers stades d’un « bull market ».

À notre avis, les actions mondiales semblent avoir une valorisation attrayante par rapport aux obligations. Actuellement, la prime de risque actions (c’est-à-dire la différence entre le rendement des bénéfices des actions et le rendement des obligations) s'élève à plus de 6 %. Il s'agit donc d'une rémunération plus qu'adéquate des investisseurs pour le risque supplémentaire qu'ils doivent assumer en détenant des actions.

Quand est-ce-que « bull market » s’essoufflera et quels en seront les déclencheurs ? Seul le temps nous le dira. Mais les principes clés pour investir - être sélectif et maintenir un portefeuille diversifié - sont, en soi, intemporels.

[1] Source: Datastream, period 10/03/2009 to 28/02/2019, total return in USD
[2] Source: Datastream, period 10/03/2009 to 28/02/2019
[3] Source: Datastream, period 10/03/2009 to 28/02/2019