Abenomics 2.0 débute par le report de la hausse de la TVA

Nadège Dufossé, Head of Asset Allocation, Candriam

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Nadège Dufossé

À l'issue de la réunion du G7 au Japon, le Premier ministre Shinzo Abe a reporté le relèvement de la TVA à octobre 2019.

L’économie japonaise reste confrontée à de nombreuses difficultés structurelles alors que le programme Abenomics est de plus en plus critiqué : l’objectif d’inflation est loin d’être atteint, la confiance des entreprises a été mise à mal depuis janvier et ces dernières sont particulièrement préoccupées par l’appréciation récente du yen, qui pèse sur leurs résultats prévisionnels. Au premier trimestre, les bénéfices des entreprises ont connu la chute la plus rapide en quatre ans et les révisions à la baisse se sont généralisées.

La compétitivité du Japon est également remise en question alors que la contraction du volume des exportations se poursuit.

Shinzo Abe s’était, en principe, engagé à relever le taux de TVA pour une seconde fois en avril 2017 (de 8 % à 10 %), le pays ayant pour objectif de retrouver un excédent budgétaire en 2020. Cependant, même avec un déficit actuel de 6 % du PIB, l’activité domestique reste faible et un relèvement de la TVA pourrait pousser le Japon dans la récession, comme cela a été le cas il y a deux ans. Hormis la question de la TVA, Shinzo Abe a annoncé des « mesures économiques ambitieuses » pour cet automne, à savoir un plan de relance budgétaire qui pourrait atteindre cinq à dix mille milliards de yens, c’est-à-dire respectivement l’équivalent de 1 % ou 2 % du PIB.

Parmi les propositions pourraient figurer la construction d’une ligne ferroviaire à sustentation magnétique de Nagoya à Osaka, la distribution de bons à valoir afin de stimuler la consommation, des augmentations salariales dans le secteur de l’enfance et la mise en place d’un fonds de bourses d’études.

Ces réformes pourraient résoudre certains défis structurels tels que les problèmes de productivité et de main-d’œuvre mais également stimuler la consommation et remettre au goût du jour le concept d’« hélicoptère monétaire », à travers la combinaison des politiques budgétaire et monétaire. Dans cet approche, la Banque du Japon pourrait également annoncer des achats supplémentaires, en particulier d'actions et d’obligations. Pour rappel, la banque du Japon effectue déjà des achats annuels à hauteur de 80 000 milliards de yens, soit l’équivalent de 16 % du PIB.

Compte tenu des vents contraires structurels qui soufflent sur le pays et des mesures politiques destinées à les apaiser, nous maintenons un positionnement stratégiquement neutre sur les actifs risqués japonais. Toute mesure de relance budgétaire à court terme associée à des mesures supplémentaires de politique monétaire pourrait faire apparaître des opportunités tactiques, en particulier à la vue du positionnement actuel.

Le yen, fortement détenu par les investisseurs, pourrait subir une dépréciation rapide et les actions pourraient par ailleurs rebondir, alors que les investisseurs les sous-pondèrent pour la première fois depuis quatre ans.

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