Définissons le problème

Chen Zhao, co-directeur de la Recherche Global Macro, Brandywine Global (une filiale de Legg Mason )

Chenzhao
Chen Zhao
Le monde essaie encore de se remettre des déséquilibres apparus à la suite de la crise financière de 2007-2008 : en résumé, l'effondrement de l'équilibre entre investissement et épargne qui permettait de maintenir l'économie mondiale. Jusqu'à la crise financière, la surproduction croissante de l'Asie était compensée par la hausse de la consommation aux États-Unis, où les consommateurs empruntaient, partiellement financés par la surépargne asiatique. Cet équilibre a été interrompu lorsque les consommateurs américains ont réduit leurs emprunts et diminué leur consommation à la suite de la crise financière, laissant l'Asie avec une surcapacité et une saturation de l'offre.

La baisse de la consommation a tiré la croissance nominale annuelle américaine vers le bas à un taux de 3 %, un niveau généralement associé aux périodes de récession, alors qu'il était de 5 % - 6 % avant la crise financière. Certains observateurs du marché attribuent cette baisse du taux de rendement nominal à la chute du prix du pétrole – mais ce dernier a commencé à diminuer en 2014, bien après le début du déclin du taux de rendement nominal.

Si la consommation américaine s'est quelque peu redressée, la croissance nominale augmente à peine, principalement en raison d'un taux d'inflation continuellement bas. Les prévisions en termes d'inflation restent très faibles, pour les raisons suivantes:

1) Erreurs en matière de politique monétaire : la réserve fédérale américaine (Fed) a augmenté les taux en décembre et prévu pas moins de quatre hausses des taux pour 2016 – contribuant au mouvement baissier du marché des obligations en janvier-février.

2) La Chine : la deuxième économie mondiale a concentré ses actions sur des mesures relatives à l'offre, comme la fermeture d'usines, afin de résoudre le problème national de surproduction. Si cette mesure a permis d'améliorer l'économie chinoise à long terme, elle est venue s'ajouter à court terme aux problèmes du pays, car elle impliquait du chômage temporaire et des mauvaises nouvelles générales.

Ces deux problématiques ont contribué à l'apparition de forces déflationnistes et de craintes, contre lesquelles les banques tentent de lutter – désormais avec un peu plus de réussite:

1) La Fed a modifié son cours, consciente de ne pas pouvoir mener de politique monétaire isolément. La banque centrale américaine a adopté un ton plus consensuel, réduisant les attentes du marché en termes de hausse des taux.

2) La Chine a récemment adopté des mesures de politique fiscale visant à stimuler la demande, complétant le stimulus continu du côté de l'offre.

Les craintes d'une récession mondiale imminente se sont partiellement dissipées.

Quelles sont les conséquences de cette situation?

Le dollar américain pourrait rester relativement stable, voire baisser, et profiter aux pays exportateurs de matières premières, qui pourraient observer une hausse de la demande pour leurs produits libellés en dollars américains si le billet vert devient plus abordable. Le real brésilien, le rand sud-africain et le peso colombien pourraient bénéficier de cet environnement.

Un dollar américain stable ou plus faible pourrait également stimuler les bénéfices des entreprises américaines. En effet, les revenus générés à l'étranger seraient augmentés par un taux de change plus bas.

Les secteurs du crédit participatif, comme les obligations à taux élevé, pourraient également bénéficier d'un environnement de croissance certaine et d'une politique monétaire accommodante.

Quels sont les risques?

L'aplatissement constant de la courbe des rendements américains peut indiquer une faible croissance à venir comme au cours de ces 20 dernières années. C'est pourquoi, dans le cadre de ce scénario, il est peu probable que la Fed augmente les taux d'intérêt.

D'aucuns estiment que le ralentissement de la Chine pourrait être plus profond que prévu, en raison du ratio élevé de la dette au produit intérieur brut. Mais cette situation pourrait davantage être due au fait que la Chine présente également un taux d'épargne très élevé, de sorte que l'endettement est sa manière de transformer l'épargne en investissements.