La face obscure de la doctrine Trump

Francis A. Scotland, Co-Director of Global Macro Research, Portfolio Manager of Global Macro Strategy chez Brandywine Global (une filiale de Legg Mason )

La doctrine commerciale du futur président américain Donald Trump marque le début d’une attaque contre la mondialisation et le libre commerce. Son impact risque d’être considérable. La mondialisation explique en partie les bénéfices importants des entreprises américaines. Elle a contenu l’inflation par le biais de la concurrence et sorti des millions de personnes de la pauvreté dans les pays en voie de développement.

La plupart des investisseurs se sont penchés sur les implications économiques et financières de l’intention, exprimée par Trump, d’abaisser les impôts. Mais ils ont ignoré les tendances protectionnistes de sa politique commerciale ou estimé cru que le Congrès à majorité républicaine n’appuierait pas de telles mesures.

La doctrine commerciale de Trump est présentée dans un document de 31 pages, intitulé “Scoring the Trump Economic Plan”, établi en septembre 2016 par deux de ses conseillers, le capital-risqueur Wilbur Ross (nommé ministre du Commerce) et le professeur Peter Navarro (qui dirigera le nouveau Conseil du commerce national). Cette doctrine ne se réclame d’aucune idéologie économique, mais s’appuie sur une série de principes:

1. Un pays est un ennemi s’il présente un excédent commercial par rapport aux États-Unis. Suivant cette norme, la Chine, le Mexique et l’Allemagne sont des ennemis commerciaux. 2. La gestion ou la manipulation des taux de change empêche toute amélioration de la balance commerciale. Ici, la Chine est montrée du doigt. Mais aussi l’Allemagne, qui profite d’un euro plus faible en raison de la faiblesse d’autres pays membres de l’UEM. 3. Les emplois dans l’industrie sont supérieurs aux emplois dans le secteur tertiaire (services) et débouchent sur des salaires plus élevés et un effet multiplicateur dans la chaîne logistique. Il est nécessaire de ramener les emplois industriels aux États-Unis, en particulier dans les secteurs tels que la navigation aérienne et spatiale, les équipements biomédicaux, la chimie, les semi-conducteurs, l’électronique, les moteurs, les véhicules motorisés, la pharmacie, le matériel ferroviaire, la robotique, l’impression 3D, les résines ou la construction navale. 4. L’Organisation mondiale du commerce (OMC) ne traite pas correctement le système fiscal américain étant donné que les États-Unis ne pratiquent pas la TVA. Les biens importés aux États-Unis bénéficient en effet d’une réduction sur la TVA, tandis que les exportateurs américains doivent s’acquitter de la TVA sans pouvoir la déduire de leur propre base imposable. 5. Sur le plan commercial, la Chine est le plus grand tricheur du monde.

Ces principes suscitent de très nombreuses questions, mais le futur gouvernement américain n’en prépare pas moins leur mise en application. Le plus grand risque est que cette vision extrêmement protectionniste mette un terme à la hausse des marchés boursiers entamée en 2008.