Comment gérer le risque lié à l’IA sans vendre d’actions ?

L’IA offre un potentiel de transformation d’ampleur similaire à la révolution industrielle. Il se pourrait que ce potentiel se réalise, mais il est raisonnable de se demander que faire si ce n’est pas le cas ? Ou, même si c’est effectivement le cas, ne se pourrait-il pas que ce potentiel soit déjà intégré dans les valorisations très élevées qu’affichent aujourd’hui les actions ? Les actions bon marché (« value ») peuvent jouer un rôle de diversification important, mais seulement si elles sont correctement gérées. Selon Duncan Lamont, responsable de la recherche stratégique chez Schroders , les approches passives ne donneront pas les résultats escomptés.
Duncan lamont
Duncan Lamont

La plupart des investisseurs en actions américaines détiennent environ la moitié de leurs avoirs dans des valeurs technologiques, si l’on inclut Amazon et Tesla (consommation discrétionnaire), ainsi qu’ Alphabet et Meta (services de communication). Cette proportion a fortement augmenté ces dernières années. Étant donné que les États-Unis représentent aujourd’hui plus de 70 % du total des marchés développés, les investisseurs en actions mondiales ne s’en sortent guère mieux. La croyance de longue date selon laquelle un portefeuille passif d’actions mondiales à faible coût assure une diversification - et évite de mettre trop d’œufs dans le même panier - doit être réévaluée de toute urgence.

Les services aux collectivités (production d’énergie), l’immobilier (centres de données), les plateformes basées sur des logiciels et les services financiers sont d’autres exemples de domaines dépendants de l’IA.

Que faire pour gérer ce risque ?

La diversification au plan international est une option que tout investisseur devrait envisager. L’année 2025 a montré les avantages d’une diversification au niveau mondial. Les actions européennes hors Royaume-Uni, britanniques, japonaises et des marchés émergents ont progressé de 37 %, 35 %, 25 % et 34 % respectivement en USD, contre seulement 18 % pour les actions américaines.

Mais nous devons aussi ne pas perdre de vue que l’IA est omniprésente. Les actions jugées en lien avec l’IA sur les marchés hors États-Unis ont également enregistré des performances exceptionnelles ces dernières années et représentent une part importante des marchés nationaux/régionaux concernés.

Le plus grand fabricant mondial de semi-conducteurs, TSMC, représente par exemple 11 % de l’indice MSCI EM et 58 % du marché taïwanais. Les quatre plus grandes capitalisations suivantes sur les marchés émergents, à savoir Tencent (plateformes d’IA), Samsung Electronics (mémoires), Alibaba (services cloud et d’IA) et SK Hynix (mémoires), sont toutes explicitement liées à l’IA. De nombreuses grandes entreprises des marchés développés ont elles aussi bénéficié de manière significative de la vague IA.

Les places boursières non américaines demeurent bon marché par rapport aux États-Unis et il existe un potentiel de rattrapage. Mais cela ne veut pas dire qu’elles protégeront les investisseurs en cas de correction induite par l’IA. Nombre d’entre eux seraient également très exposés. Les penchants sectoriels traditionnels sont tout aussi compliqués, pour les raisons déjà évoquées. Les valeurs bon marché peuvent permettre de se prémunir contre les risques liés à l’IA (sans sacrifier l’exposition aux actions) Dans ce contexte, l’investissement de style « value » reste sous-estimé. Aux États-Unis, la corrélation entre les actions bon marché et celles liées à l’IA - en utilisant les semi-conducteurs et les équipements comme indicateur - s’est montrée faible dernièrement et a diminué. Lors de l’éclatement de la bulle Internet, elle est même devenue négative.

Cela laisse penser que les actions bon marché peuvent apporter de précieux avantages en termes de diversification.

La corrélation entre les actions « value » et celles liées à l’IA est faible. Plus important encore, si l’on isole les trimestres au cours desquels les valeurs des semi-conducteurs ont chuté, les actions bon marché sont restées globalement stables en moyenne, tandis que les titres du secteur des semi-conducteurs ont plongé de 12 % en moyenne. Lors des phases de repli important (baisse de 5 % ou plus), les valeurs des semi-conducteurs ont chuté de 15 % en moyenne. En revanche, les actions bon marché n’ont baissé que de 1 %.

Corrélation sur 24 mois glissants : Indice S&P 500 Pure Value vs. indice S&P 500 Semiconducteurs et Équipements

Voortschrijdende correlatie over 24 maanden s p 500 pure value vs s p 500 semiconductors equipment index

Les actions bon marché se sont nettement mieux comportées lors des phases de baisse des actions liées à l’IA. L’une des raisons de ce phénomène tient à la « marge de sécurité » dont bénéficient les investisseurs Value lorsqu’ils achètent des actions moins fortement valorisées. En payant un prix relativement bas à l’aune d’évaluations prudentes des bénéfices ou de la valeur d’actif, les investisseurs évitent les secteurs du marché qui requièrent une forte croissance pour justifier le prix payé. Ainsi, lorsque les secteurs du marché qui ont bénéficié d’un engouement spéculatif reculent, les investisseurs Value sont souvent bien plus épargnés par la baisse. Cette analyse se fonde sur les actions « value » américaines mais, dans le contexte actuel, les arguments en faveur des actions bon marché hors États-Unis sont encore plus convaincants.

Performance trimestrielle médiane lors des trimestres où les valeurs des semi-conducteurs chutent

Mediane kwartaalrendement in kwartalen waarin halfgeleiders dalen

Attention : une stratégie « value » passive ne fera probablement pas l’affaire. Le passage de stratégies actives à des stratégies passives a constitué l’un des changements les plus importants dans le comportement des investisseurs au cours de la dernière décennie. Bien que ce phénomène puisse se justifier à certains égards, la situation présente en est une dans laquelle l’investissement passif est susceptible de décevoir. La plupart des indices « value » présentent en effet une allocation importante aux valeurs de l’IA que les investisseurs cherchent précisément à éviter. La plupart des indices « Value » présentent une exposition significative au groupe des Magnificent-7 et/ou à d’autres valeurs technologiques. Je suis persuadé que bon nombre d’investisseurs en stratégies « value » passives ne sont pas conscients qu’ils allouent des montants considérables à des titres tels qu’ Alphabet , Amazon , Meta, Microsoft et même Tesla. Le réveil risque d’être brutal en ce qui les concerne. L’indice « pure value » utilisé dans l’analyse précédente est différent : il sélectionne uniquement les actions les moins chères du S&P 500 et les pondère en fonction de leurs caractéristiques « value » et non de leur taille. Cette approche permet de créer un portefeuille bien plus différencié et d’accroître la diversification. Mais il ne s’interroge pas non plus sur le fait de savoir si les titres concernés sont bon marché pour de bonnes raisons. Ce n’est pas parce qu’une action est bon marché par rapport à sa valorisation historique qu’elle constitue automatiquement un bon investissement. Il existe en fait un risque important que certaines des composantes de l’indice « pure value » se révèlent être de mauvais paris.

Pourquoi une stratégie « value » active est la plus judicieuse

Les approches actives peuvent procurer la diversification qu’offrent les stratégies « pure value » - faible corrélation avec l’IA, résilience en cas de correction induite par l’IA - tout en évitant l’exposition aux « fausses aubaines ». L’objectif n’est pas simplement d’acheter des actions bon marché, mais des actions bon marché par rapport à leur juste valeur. Cela permet de créer un portefeuille qui a des chances crédibles d’être performant si l’IA déçoit, de conserver le potentiel de performance à long terme des actions et de rester performant si le marché haussier impulsé par l’IA se poursuit. Pour les investisseurs qui souhaitent réduire leur dépendance à l’égard d’un thème porteur donné sans vendre d’actions, l’investissement de style « value » s’affirme comme une solution. Les données historiques montrent que les actions bon marché tendent à résister lorsque les valeurs liées à l’IA vacillent. Mais la plupart des stratégies « Value » passives ne feront pas l’affaire : elles présentent une forte exposition aux méga-capitalisations technologiques qui dominent précisément le marché dans son ensemble.

Une approche « Value » active permet de maintenir l’exposition aux actions, de réduire le risque de concentration sur l’IA et de construire un profil de rendement plus résilient. Dans un monde où l’investissement se concentre de plus en plus sur un seul thème, une telle diversification est extrêmement précieuse./p>