Où investir en obligations dans le contexte géopolitique actuel ?

Par André Figueira de Sousa, gérant de fonds obligataires chez DPAM

Les obligations d'État, et en particulier celles indexées sur l'inflation – notamment sur la partie de la courbe correspondant à des durées de 7 à 10 ans –, offrent des rendements ajustés au risque attractifs dans le contexte actuel. Une sélection rigoureuse des titres et un positionnement judicieux sur la courbe sont essentiels pour faire face aux incertitudes actuelles et tirer parti de l'évolution de la dynamique des marchés.

Avant le début du conflit au Moyen-Orient, notre scénario de base reposait sur un contexte de désinflation prolongée à l’échelle de l’économie mondiale, à l’exception notable des États-Unis et du Japon. Les récents développements géopolitiques nous ont amenés à réévaluer entièrement nos perspectives, en particulier en Europe. Depuis le début du conflit, nous avons fortement réduit notre exposition aux spreads et nous nous sommes orientés vers une allocation plus équilibrée, en devenant nettement plus sélectifs vis-à-vis des produits liés aux spreads.

Au cours des premiers jours du conflit, nous avons réduit de manière proactive notre exposition à la duration et aux spreads, estimant que le marché sous-évaluait le risque d’un événement géopolitique de longue durée. La surpondération de la duration comportait, selon nous, un risque d’asymétrie et justifiait un réajustement, ce qui nous a incités à retirer une partie de la duration et des spreads du portefeuille. Nous sommes passés d’une position de surpondération de la duration sur l’ensemble du portefeuille à un positionnement neutre en termes de duration.

À l’avenir, nous prévoyons que les marchés continueront à réévaluer leurs anticipations d’inflation à la hausse si le détroit d’Ormuz reste fermé, ce qui devrait entraîner une hausse des taux à mesure que les marchés s’adaptent aux risques d’inflation persistants. L’épisode de 2022 a laissé des traces sur les marchés financiers. La fonction de réaction a évolué depuis lors, et les marchés disposent désormais d’un cadre plus clair permettant de comprendre comment de tels chocs peuvent se traduire par une hausse des taux et des anticipations d’inflation élevées.

Dans ce contexte, une approche plus prudente en matière de duration reste de mise et, à court terme, nous pourrions envisager de réduire encore la duration en fonction de la durée et de l’intensité du conflit. Bien que nous estimions que le choc pétrolier et la destruction potentielle de la demande puissent à terme conduire à une baisse des taux, les marchés resteront focalisés sur le risque d’inflation et la possibilité d’effets de second tour. Le scénario de base prévoit que les banques centrales maintiendront leurs taux inchangés.

Solutions indexées sur l’inflation

Nous continuons de voir un intérêt considérable à détenir des obligations indexées sur l’inflation, notamment du point de vue de la diversification de l’allocation d’actifs. Dans le contexte actuel caractérisé par des tensions géopolitiques, une incertitude élevée et des tendances persistantes à la déglobalisation, les obligations indexées sur l’inflation offrent une protection significative contre les risques d’inflation souvent sous-estimés par le marché.

Avant la pandémie de COVID-19, les obligations indexées sur l’inflation étaient souvent sous-performantes par rapport aux obligations nominales. Cependant, nous nous trouvons désormais dans un environnement très différent, après avoir connu deux chocs inflationnistes au cours des six dernières années. Dans l’ensemble, les chocs inflationnistes sont devenus plus fréquents.

Les obligations indexées sur l’inflation restent attractives, en particulier pour les échéances comprises entre cinq et dix ans, où les anticipations d’inflation n’ont pas augmenté aussi fortement qu’à l’extrémité courte de la courbe. La prime de risque d’inflation devant probablement augmenter au cours des deux prochaines années, ce segment offre une opportunité intéressante aux investisseurs cherchant à équilibrer risque et rendement dans un contexte macroéconomique incertain. Obligations souveraines indexées sur l’inflation Les obligations souveraines continuent d’offrir une proposition de rendement attractive, en particulier dans un contexte d’incertitude économique persistante. Avant le récent conflit, nous avons observé une résurgence de la corrélation négative entre les obligations souveraines et les actions, réaffirmant leur rôle d’élément de diversification au sein des portefeuilles.

La performance depuis le début de l’année met en évidence la surperformance des obligations indexées sur l’inflation par rapport aux fonds nominaux et aux fonds de crédit au sein de l’univers obligataire. Cette tendance souligne l’importance d’une sélection active dans le contexte actuel.

En ce qui concerne le positionnement sur la courbe, notre stratégie reste inchangée à la lumière des événements récents. Nous continuons de privilégier le segment 7–10 ans, qui, selon nous, offre les rendements ajustés au risque les plus attractifs en raison de la pente raide de la courbe et d’un effet de roll-down favorable.

Nous anticipons une baisse des taux d’intérêt, mais seulement une fois que les marchés auront pleinement intégré les anticipations d’inflation plus élevées. La destruction de la demande devrait constituer un effet secondaire dans ce scénario, sans incidences de second tour significatives sur l’inflation.

En matière de sélection des titres de crédit, nous privilégions actuellement les obligations souveraines des pays du noyau dur et su semi-noyau par rapport à celles des pays périphériques (Italie, Espagne, etc.), reflétant le sentiment d’aversion au risque qui prévaut sur les marchés. Nous ne prévoyons pas d’élargissement désordonné des spreads. Nous nous attendons toutefois à quelques prises de bénéfices, les fondamentaux des pays restant solides. Il est important de surveiller les spreads afin de rester vigilant quant aux mesures de soutien budgétaire des pays européens, en particulier ceux présentant des ratios dette/PIB élevés. La sélectivité dans l’allocation par pays reste essentielle dans cet environnement.