Nous pensons que la BCE devrait rester attentiste lors de sa réunion du 30 avril, maintenant une posture d’observation pendant que les marchés financiers resserrent eux-mêmes les conditions: le rendement du Bund allemand à 10 ans a dépassé 3 % (contre environ 0 % au début de la guerre en Ukraine), ce qui renchérit le coût du crédit et réduit la nécessité d’une intervention immédiate de la BCE.
![]() Bénédicte Kukla |
Les indicateurs avancés publiés la semaine dernière - ZEW, confiance des consommateurs en estimation flash et PMI - se sont nettement détériorés, traduisant une forte chute du sentiment alors que le blocus du détroit d’Ormuz se prolonge et que les risques baissiers sur la demande s’intensifient. Si la hausse de la production, soulignée par les enquêtes PMI, reflète probablement la constitution de stocks de précaution, les nouvelles commandes ont enregistré une nette baisse en avril. Les prix des intrants ont fortement augmenté pour le deuxième mois consécutif, entraînant une hausse des prix de vente, notamment pour les biens. La confiance des consommateurs de la zone euro a reculé de 4,3 points sur un mois pour s’établir à -20,6 en avril 2026, son plus bas niveau depuis décembre 2022, selon les estimations flash. Il convient de noter que les données d’enquête réagissent souvent de manière excessive aux chocs ; la confiance des ménages avait fortement chuté après l’invasion de l’Ukraine par la Russie, alors que la baisse effective des dépenses des ménages avait été beaucoup plus modérée. De plus, les réductions d’effectifs rapportées dans les enquêtes restent marginales, en particulier dans les services.
Bien que le souvenir de l’inflation reste vif chez les consommateurs, le choc énergétique actuel est moins important qu’en 2022 et la marge de manœuvre budgétaire des Etats est plus limitée. Compte tenu de ces facteurs - demande en repli, pressions persistantes sur les prix des matières premières et contraintes budgétaires - la BCE devrait rester prudente. Les marchés anticipent déjà plus de deux hausses de taux dans un contexte d’attentes d’inflation accrues, mais avec le resserrement des conditions financières déjà à l’œuvre, nous pensons que la BCE peut se permettre de rester en pause et de laisser les marchés faire le gros du travail.