DPAM : l’IA, l’inflation et la décarbonation façonneront le second semestre 2026

Didier van de veire
Didier Van de Veire
Le second semestre 2026 débute dans un contexte d’incertitudes géopolitiques, de hausse des anticipations d’inflation et de valorisations élevées sur les marchés financiers. Les fondamentaux économiques demeurent toutefois solides à ce stade : la croissance reste résiliente, les fondamentaux du crédit sont solides et la demande de revenus reste forte. Pour les investisseurs, cela signifie qu’il ne s’agit pas seulement d’évaluer les perspectives propres à chaque classe d’actifs, mais aussi de comprendre comment leurs interactions évoluent d’un régime à l’autre. L’intelligence artificielle (« IA ») demeure le principal moteur des marchés d’actions, les investisseurs obligataires restent prudents à l’égard de la duration nominale et, dans les investissements durables, la trajectoire de décarbonation reste claire, malgré un environnement volatil. ​

​Actions : l’IA prend le pas sur les incertitudes géopolitiques

​Malgré ce contexte géopolitique incertain, l’ampleur et la résilience des investissements liés à l’IA ont jusqu’à présent dépassé les attentes. Les dépenses d’investissement consacrées aux centres de données, aux semi-conducteurs, aux infrastructures numériques et aux capacités de production d’électricité poursuivent leur forte progression et contribuent au soutien de la croissance économique et des résultats des entreprises. ​

Bruno lamoral
Bruno Lamoral

​« À bien des égards, la dynamique entourant l’IA prend actuellement le pas sur les effets négatifs associés au conflit avec l’Iran. Les investisseurs considèrent toujours l’IA non pas comme une simple thématique technologique, mais comme une transformation économique de grande ampleur, susceptible de redéfinir la productivité, la rentabilité des entreprises et les positions dominantes sur les marchés au cours des prochaines années », déclare Didier Van De Veire, CIO Fundamental Equities chez DPAM. ​

​Deux questions étroitement liées occupent une place centrale. La première porte sur la pérennité du cycle d’investissement actuel. Les dépenses dévolues aux infrastructures liées à l’IA demeurent exceptionnellement soutenues, mais les marchés s’interrogent de plus en plus sur la durée de cette phase d’accélération. La seconde concerne les répercussions économiques plus larges de l’IA : dans quelle mesure l’intelligence artificielle influencera-t-elle les marges, la productivité et le positionnement concurrentiel des entreprises dans différents secteurs ?

​ ​Outre les incertitudes géopolitiques, la question des valorisations devient de plus en plus difficile à éluder pour les investisseurs. Dans de nombreux secteurs et régions, les valorisations atteignent aujourd’hui des niveaux historiquement élevés. À court terme, les valorisations constituent rarement un indicateur fiable du moment opportun pour se positionner. À moyen et long termes, en revanche, des valorisations élevées se traduisent généralement par un potentiel de performance future plus limité. « La combinaison de valorisations élevées et des incertitudes entourant les implications à long terme de l’IA renforce l’importance d’éviter une concentration excessive des portefeuilles. Les investisseurs devront accorder une importance croissante à la recherche d’un équilibre entre leur exposition aux opportunités de croissance liées à l’IA et une diversification plus poussée entre secteurs, régions et segments de capitalisation boursière », ajoute Van De Veire. ​

​Obligations : prudence face à la sensibilité aux taux, les obligations indexées sur l’inflation restent utiles

​Les marchés obligataires abordent le second semestre 2026 dans un environnement globalement favorable, mais aussi clairement porteur de risques. La croissance est résiliente, les fondamentaux du crédit sont solides et la demande de revenus reste forte. Parallèlement, les anticipations d’inflation ont progressé, les banques centrales restent focalisées sur l’inflation et le conflit au Moyen-Orient ajoute à l’incertitude. « La récente évolution des anticipations d’inflation n’est pas alarmante et les anticipations à long terme restent globalement bien ancrées. Il s’agit toutefois d’un signal précoce qui mérite l’attention. Les banques centrales devraient vraisemblablement rester focalisées sur l’inflation. Les investisseurs obligataires doivent faire preuve de prudence avant de supposer que la sensibilité aux taux sera rapidement récompensée, malgré un portage attrayant », déclare Sam Vereecke, CIO Fixed Income chez DPAM. ​

​C’est aussi la raison pour laquelle les obligations indexées sur l’inflation conservent leur utilité dans les portefeuilles. L’environnement post-Covid a rappelé aux investisseurs que l’inflation pouvait être plus volatile que durant la décennie précédant la pandémie. Les chocs d’offre, les marchés de l’énergie, la politique budgétaire et les risques géopolitiques peuvent tous créer des périodes au cours desquelles l’incertitude inflationniste s’accentue. « Pour l’heure, nous resterions prudents à l’égard du risque de taux. Nous continuons de voir un rôle pour les obligations indexées sur l’inflation comme couverture contre un cycle d’inflation plus volatil », ajoute Vereecke. ​

​Dans le crédit d’entreprise, les fondamentaux demeurent sains et les facteurs techniques restent favorables, mais les valorisations tendues limitent le potentiel de compression supplémentaire des spreads. Les flux de capitaux vers les obligations « investment grade » sont positifs depuis le début de l’année. Dans l’ensemble, les facteurs techniques restent porteurs, sans signe d’essoufflement de la demande. ​

​Multi-actifs : diversification dans un régime en mutation

​Dans un environnement marqué par la persistance des incertitudes géopolitiques, la construction des portefeuilles est plus que jamais mise à l’épreuve. La dynamique de l’inflation joue un rôle central dans la corrélation entre les actions et les obligations, ces dernières ayant tendance à mieux se comporter dans un environnement désinflationniste, où l’atténuation des tensions sur les prix offre aux banques centrales une plus grande latitude pour abaisser leurs taux d’intérêt. Dans un environnement inflationniste, en revanche, la réduction de l’allocation obligataire au profit d’une exposition au secteur de l’énergie peut améliorer la diversification d’un portefeuille exposé aux actions. Les prix de l’énergie constituent souvent un important canal de transmission de l’inflation. Les métaux précieux se sont également révélés être des instruments de diversification efficaces par le passé. ​

​Une autre question consiste à savoir si le dollar américain pourra conserver son statut de monnaie de réserve mondiale dans un monde devenu multipolaire. À ce stade, aucune autre devise ne semble réellement en mesure de remplacer le billet vert. Le scénario le plus probable est celui d’une longue période de transition au cours de laquelle le billet vert perdrait progressivement certaines de ses fonctions de réserve, tandis que d’autres devises gagneraient en importance. « Dans cet environnement en pleine mutation, le principal défi pour les investisseurs ne consiste pas seulement à anticiper l’évolution des différentes classes d’actifs, mais aussi à comprendre comment leurs relations varient d’un régime à l’autre. Les corrélations ne sont pas statiques, pas plus que les bénéfices de diversification qui en découlent », déclare Bruno Lamoral, Portfolio Manager Institutional Mandates chez DPAM. Selon DPAM, cela plaide pour une approche plus dynamique de l’allocation d’actifs, tenant compte des régimes de marché, ainsi que pour un accès aux actifs réels et alternatifs.
Sam vereecke
Sam Vereecke

​Investissements durables : la décarbonation reste la ligne directrice

​Les six prochains mois devraient s’inscrire dans un contexte d’incertitude accrue, alimentée par la persistance des crises énergétiques, l’instabilité des orientations politiques et l’évolution des cadres réglementaires. Malgré une volatilité qui demeure élevée à court terme, la trajectoire à suivre apparaît de plus en plus clairement aux investisseurs : les tendances de long terme, en particulier la décarbonation, la transition énergétique, la numérisation et l’adaptation au changement climatique, n’ont jamais été aussi pertinentes. L’un des principaux défis réside dans l’instabilité des orientations politiques et des cadres réglementaires. Cela illustre les risques inhérents aux investissements liés à la transition : agir trop tôt comme trop tard peut s’avérer problématique.

​ ​La structure même des stratégies ESG demeure également un point d’attention. Certaines stratégies d’investissement ont sous-performé le marché parce qu’elles n’étaient pas exposées à des secteurs très performants comme l’énergie et la défense. Il importe toutefois de ne pas assimiler l’ESG à une exclusion systématique de ces secteurs. Le secteur de l’énergie, par exemple, ne se limite pas au pétrole et au gaz ; il englobe également les énergies renouvelables, le stockage de l’énergie, les batteries et l’électrification. Avec le récent plan « Accelerate EU » de la Commission européenne, les perspectives demeurent favorables pour les batteries, les réseaux électriques et certains segments de la décarbonation industrielle, à court, moyen et long termes. Le principal signal environnemental réside dans le plafonnement de la production d’électricité d’origine fossile malgré la croissance continue de la demande d’électricité.

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Ophelle Mortier
​« Les six prochains mois pourraient bien rester marqués par la volatilité, mais l’intégration structurelle de la durabilité, de la numérisation et de la résilience dans les stratégies d’investissement ne fait guère de doute. Les opportunités restent nombreuses dans les énergies propres, les secteurs liés à l’adaptation au changement climatique et les actifs non cotés, mais une attention particulière devra être portée aux écarts sectoriels, au tracking error et à l’évolution des risques ESG », déclare Ophelie Mortier, Chief Sustainable Investment Officer chez DPAM. La tendance à la décarbonation reste donc claire, mais elle s’inscrit aujourd’hui avant tout comme une tendance de long terme dans un environnement volatil.