Schroders: Quelles sont les conséquences des taux d’intérêt négatifs pour les investisseurs?

Après la crise financière, l’économie mondiale peine à redémarrer vraiment. Les banques centrales ont eu beau s’efforcer de relancer la machine au moyen d’une politique monétaire sans précédent, comme l’assouplissement quantitatif, la croissance économique reste timorée. La Banque mondiale évalue la croissance mondiale des trois dernières années à environ 2,5%. Durant les quatre années qui ont précédé la crise du crédit, elle s’élevait entre 3,8% et 4,5%.

La croissance économique est une nécessité impérieuse pour prévenir une récession mondiale et pour alléger la charge de la dette qui pèse sur l’économie. La politique des taux d’intérêt négatifs (Negative Interest Rate Policy - NIRP) est une des dernières armes des banques centrales pour stimuler la croissance économique. Un taux d’intérêt négatif signifie que les banques paient au lieu de percevoir un intérêt sur les réserves qu’elles détiennent auprès de la banque nationale. Les banques peuvent choisir de répercuter ces coûts sur leurs clients titulaires de dépôts chez elles. Les taux d’intérêt négatifs sont appliqués au Japon et dans la plus plupart des pays européens. David Brett, Investment Writer chez Schroders , analyse les conséquences éventuelles des taux d’intérêt négatifs pour les investisseurs.

Que signifient les taux d’intérêt négatifs pour les investisseurs?

La politique de taux d’intérêt négatifs peut paraître logique: elle vise à rendre l'épargne ‘coûteuse’ de manière à inciter à dépenser plutôt qu’à épargner. Mais cette période post-crise n’est pas aussi logique qu’il n’y paraît, bien au contraire. Malgré les efforts déployés par les banques centrales pour stimuler une croissance économique robuste au moyen d’outils comme l’assouplissement quantitatif ou une politique de taux bas, la sauce ne parvient décidément pas à prendre. Les investisseurs restent réticents à dépenser.

De plus, l’assouplissement quantitatif et les taux d’intérêt hyper bas ont mis sous pression le rendement de catégories d’investissements «plus sûrs» comme les obligations d’État, ce qui risque d’entraîner des bulles d’actifs. Les investisseurs n’ont donc d’autre choix que de se tourner vers d’autres catégories de placement dans leur quête de rendement et de s’engager dans des placements plus risqués comme les actions.

La politique de taux négatifs fonctionne-t-elle?

Il n’est pas facile de dire si la politique de taux négatifs produit les effets escomptés dans les pays qui l’appliquent. Si l’objectif de cette politique est de stimuler les dépenses et d’accélérer la croissance économique, chacun s’accordera à dire qu’elle ne fonctionne pas, du moins jusqu’ici. Il faut cependant noter que des pays comme la Suisse, le Japon et la Suède ont appliqué la politique des taux négatifs avant tout pour déprécier leur monnaie. Mais si les banques centrales se livrent une concurrence au niveau mondial en menant la même politique, l’effet potentiel de cette politique s’en trouve neutralisé.

C’est ainsi que la monnaie japonaise s’est appréciée après la baisse des taux d’intérêt à laquelle la Banque du Japon a procédé fin février de cette année. La question peut aussi être posée autrement: “L’économie mondiale se porterait-elle mieux sans les taux d’intérêt ultra-bas, la politique de taux négatifs et l’assouplissement quantitatif?”

Quelle est la solution?

Les banques centrales n’ont plus guère d’autres cordes à leur arc. Malgré les mesures prises par les banques centrales, les consommateurs et les entreprises refusent de sortir de leur coquille. Sans doute les investisseurs n’ont-ils pas encore tout-à-fait digéré la crise du crédit ou craignent-ils un dernier soubresaut de cette crise; les investisseurs semblent embourbés dans une mentalité de crise et n’ont qu’une confiance limitée dans le système financier. Et ceux qui investissent sont poussés vers des investissements de plus en plus risqués.

La Banque d’Angleterre en a pleinement conscience. Le gouverneur de la banque centrale anglaise, Mark Carney, a exprimé ses réserves concernant l’efficacité des taux d’intérêt négatifs dans une allocution présentée en février, précisant que cette politique mettrait sous pression le modèle d’entreprise des banques. Bien qu’il soit possible que la Banque d’Angleterre ramène ses taux d’intérêt à zéro vers la fin 2016, le marché n’anticipe pas des taux d’intérêt négatifs au Royaume-Uni.

Une chose est sûre, c’est que lorsqu’une banque centrale opte pour une politique de taux d’intérêt négatifs, les possibilités déjà limitées de redressement économique durable se réduisent encore davantage.