Russie : le pire est passé…

Christophe Dumont, économiste chez Candriam

Au cours des dernières années, l’économie russe a été confrontée à deux chocs d’une nature très différente : une forte dégradation de ses termes de l’échange(*) liée à la baisse du prix du pétrole et des sanctions économiques et financières. En conséquence, l’activité s’est violemment contractée (graphique 1). Les derniers indicateurs semblent toutefois indiquer que, stabilisation du prix du pétrole aidant, l’économie russe pourrait renouer avec la croissance en 2017.

Rusland

Compte tenu du caractère durable de ces deux chocs (les sanctions initiées mi-2014 ont été prolongées jusque janvier 2017 et le récent surcroît de tension laisse peu d’espoir quant à une prochaine levée des sanctions), le choix des autorités russes de laisser leur devise se déprécier fortement aura été judicieux. Certes l’explosion de l’inflation qui s’en est suivie a conduit à une nette contraction de la consommation. Mais cette stratégie a permis de laisser à peu près intactes les réserves de change à disposition de la banque centrale.

Surtout, elle a permis d’amortir le coût pour le budget de la baisse du prix du pétrole (converties en roubles, les recettes budgétaires liées au pétrole ont nettement moins baissé qu’en dollars !). Enfin, la dépréciation du rouble et les sanctions financières ont incité les entreprises russes à réduire leur endettement vis-à-vis de l’extérieur. Par conséquent, l’économie russe a aujourd’hui largement absorbé ces chocs et se retrouve en position favorable pour bénéficier de la récente stabilisation (voire de la remontée) du prix du pétrole (graphique 2).

Les indicateurs conjoncturels pointent d’ailleurs dans cette direction : l’indice PMI composite atteint 52,6 en septembre, la production industrielle accélère (graphique 3) et la confiance des consommateurs s’améliore. Proche de 16 % un an plus tôt, l’inflation est retombée en dessous de 7 % en août, permettant ainsi à la banque centrale de légèrement assouplir sa politique monétaire. Au final, l’économie russe est en passe de sortir de récession : avec un baril de pétrole autour de 50 dollars, le PIB progresserait de 1,7 % en 2017. Un accord sur les quotas de production entre membres de l’OPEP et Russie pourrait même laisser entrevoir une croissance plus élevée encore.

A moyen terme toutefois, la capacité de l’économie russe à croître durablement au-delà de 1,5 % est limitée. Le vieillissement de la population (graphique 4), le manque de diversification en dehors de l’exploitation des ressources naturelles et le rééquilibrage engagé des finances publiques sont autant de freins qu’il sera difficile de desserrer…